Objectifs

Dans les pays du Sud, les maladies à vecteurs constituent un des principaux fardeaux pathologiques (morbidité, mortalité) des populations. Avec le changement global lié au changement climatique et à la croissance démographique, le maintien, l’émergence ou la réémergence de ces pathologies sont observés, alors que les moyens de lutte contre le vecteur et le pathogène restent insuffisants et connaissent des difficultés en terme de résistance. Par exemple, le paludisme exerce toujours un poids considérable sur la santé des populations africaines vivant en zone d’endémie et représentent un frein au développement économique et social de la plupart des Etats du continent. La Trypanosomiase Humaine Africaine et la Trypanosomiase Animale Africaine constituent un frein au développement de l’agriculture et de l’élevage, et représente un frein notable à l’économie des pays concernés par la présence des glossines, leurs vecteurs. Par ailleurs, des pathologies comme la leishmaniose ou encore la dengue émergent dans plusieurs pays africains comme le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire tandis que la filariose lymphatique continue de sévir. De plus, les tiques et les maladies qu’elles transmettent posent de nouvelles questions en santé vétérinaire et humaine avec l’arrivée d’espèces invasives résistantes aux traitements et transmettant de nouveaux pathogènes. L’épidémiologie de ces maladies est complexe et leur contrôle d’autant plus difficile qu’elles sont transmises par des insectes vecteurs dont l’écologie évolue sans cesse. La dynamique et le niveau de transmission de ces maladies sont fortement liés aux conditions environnementales qui agissent sur les populations de vecteurs et déterminent leur capacité à transmettre les agents pathogènes.

L’objectif principal du LAMIVECT est de mener des activités de recherche, de lutte et de formation sur les maladies à vecteurs qui touchent l’homme et l’animal. Le succès de la lutte contre les maladies à vecteurs est conditionné par une bonne connaissance des hôtes, des vecteurs et des parasites, dont les interactions évoluent en fonction des transformations environnementales impulsées par la croissance démographique, le changement climatique et le développement économique (déforestation, fronts pionniers, urbanisation, migrations, transhumances, etc.). Cette lutte doit par ailleurs s’appuyer sur une connaissance approfondie des sociétés et des populations vivant dans les zones d’endémie et de leurs rapports avec leur environnement, les vecteurs et les maladies, pour le développement d’approches efficaces, effectives et pérennes. C’est dans cette voie que le LAMIVECT compte s’engager scientifiquement, sur les terrains ivoiriens et burkinabè, avec le paludisme et les trypanosomoses comme pathologies prioritaires, et l’ouverture sur d’autres maladies à vecteurs négligées comme la dengue, la leishmaniose, l’onchocercose ou encore les maladies à tiques.

Bobo-Dioulasso et Bouaké sont de longue date un des hauts lieux de la lutte et de la recherche sur les maladies vectorielles. En effet, ces 2 villes secondaires du Burkina Faso et de Côte d’Ivoire possèdent un patrimoine technique et scientifique exceptionnels. C’est ainsi que le LAMIVECT regroupe l’Institut de Recherche en Sciences de la Santé (IRSS, Bobo-Dioulasso) qui s’intéresse aux maladies transmissibles comme le paludisme, le Centre International de Recherche Développement sur l’Elevage en zone Subhumide (CIRDES, Bobo-Dioulasso) plus orienté sur la santé animale et en particulier sur les trypanosomoses (animales, humaines), l’Institut Pierre Richet (IPR, centre de recherche rattaché à l’Institut National de Santé Publique, Bouaké) qui développe principalement des recherches sur le paludisme, la Trypanosomiase Humaine Africaine et les arboviroses. Des recherches sur d’autres maladies à vecteurs (dengue, leishmaniose, filariose lymphatique, onchocercose, maladies transmises par les tiques) sont également conduites par ces trois institutions. Aux côtés de ces 3 institutions de recherche, 2 Universités permettent d’établir le lien entre la recherche/lutte et la formation. Il s’agit de l’Université Nazi Boni (UNB) de Bobo-Dioulasso et de l’Université Alassane Ouattara (UAO) de Bouaké, à travers le Centre d’Entomologie Médicale et Vétérinaire (CEMV). Les étudiants de ces 2 universités sont accueillis sur les plates-formes techniques des institutions membres du LAMIVECT, afin de mettre en œuvre la formation à la recherche/lutte. L’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) et le Centre de coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement (CIRAD), participent et contribuent au fonctionnement du LAMIVECT, notamment à travers la mise à disposition de chercheurs des unités INTERTRYP et MIVEGEC au sein de ces structures de recherche et de formation.

Organigramme

Comité de Direction

Comité de direction

 

Comité de suivi scientifique

En cours de constitution

Historique

Le médecin colonel Muraz et son équipe mobile sur le terrainL’implication de Bobo-Dioulasso dans la lutte contre les maladies à transmission vectorielle remonte à la première moitié du XXe siècle. L’origine de cette épopée médicale contre les insectes et les multiples pathogènes qu’ils transmettent se trouve dans la création en 1939 du Service Général Autonome de la Maladie du Sommeil (SGAMS), en remplacement du Service de Prophylaxie contre la Maladie du Sommeil (SPMS) créé en 1932 et dirigé par Eugène Jamot à partir de Ouagadougou. La direction du SGAMS est confiée à Gaston Muraz qui, avec son adjoint Pierre Richet, installent leur base à Bobo-Dioulasso. Muraz fonde alors l'Ecole Jamot à Bobo-Dioulasso pour la formation des infirmiers des équipes mobiles. En 1944, le SGAMS est remplacé par le Service Général d’Hygiène Mobile et de Prophylaxie (SGHMP) qui sera en charge de la lutte contre les grandes endémies (trypanosomiase, onchocercose, lèpre etc.).

Ci-dessus: Le médecin-colonel MURAZ et son équipe mobile sur le terrain.

C’est en 1956 que le Centre de Bobo-Dioulasso prendra le nom de Centre Muraz. Avec les indépendances, le SGHMP deviendra l’Organisation de Coopération et de Coordination pour la lutte contre les Grandes Endémies (OCCGE), qui regroupe les actions de 8 pays africains (Côte d’Ivoire, Dahomey, Haute-Volta, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal, Togo) appuyées par la coopération française. Le siège de l'OCCGE est alors fixé à Bobo-Dioulasso. L'OCCGE a pour objectif de lutter contre les maladies endémiques en Afrique occidentale en coordonnant les campagnes de lutte contre les maladies telles la lèpre, la trypanosomiase ou le paludisme. L'OCCGE dispose de plusieurs centres de recherche dont le centre Muraz (trypanosomiase et autres maladies tropicales) à Bobo-Dioulasso, l'institut Marchoux (lèpre) et l'Institut d’Ophtalmologie tropicale de l’Afrique (IOTA) à Bamako, l’Organisme de la Recherche en Alimentation et Nutrition Africaine (ORANA) de Dakar et le Centre de Recherche en Alimentation et Nutrition (CRAN)[], auquel s'ajoutera plus tard l'institut Pierre Richet (IPR) de Bouaké et le Centre de Recherche Médicale et Sanitaire (CERMES) à Niamey, dont la plupart ont été nationalisés à la fin des années 1980. En 1998, l'OCCGE fusionne avec la West African Health Community pour former l'Organisation Ouest Africaine de la Santé (OOAS), dont le siège se trouve à Bobo-Dioulasso.

Désinsectisation d’une voiture quittant une zone infectéePar cette forte expertise dans la recherche et la lutte contre les grandes endémies, la présence d’une école d’infirmiers vétérinaires, sa localisation géographique au cœur de l’Afrique de l’Ouest, Bobo-Dioulasso deviendra également grâce à la vision de Jean Pagot, le siège du Centre de Recherche sur les Trypanosomoses Animales (CRTA) construit en 1972 sous financement franco-allemand. Le CRTA est transformé en un centre international à vocation plus large, le Centre International de Recherche-Développement sur l’Elevage en zone sub-humide (Cirdes), relevant du Conseil de l’Entente (Côte d’Ivoire, Niger, Bénin, Togo, Burkina Faso). Ce centre a pour vocation d’optimiser les ressources animales de la sous-région, notamment en luttant contre les maladies parasitaires à transmission vectorielle qui affectent la production animale. Plus récemment, Bobo-Dioulasso a accueilli le siège de la Pan African Tsetse and Trypanosomiasis Eradication Campaign (PATTEC) du Burkina Faso.

Ci-dessus: Désinsectisation d’une voiture quittant une zone infectée

Par cette histoire commune dans la lutte contre les maladies à transmission vectorielle qui affectent les hommes et/ou les animaux, et par la présence de plusieurs institutions permettant de réunir une masse critique importante de chercheurs œuvrant dans ce domaine, Bobo-Dioulasso constitue un site idéal pour la localisation du Laboratoire Mixte International contre les Maladies à Vecteurs (LAMIVECT).

  Microscopistes en prospection médicale        Palpation ganglionnaire

        Microscopistes en prospection médicale                              Palpation ganglionnaire

P. RichetL’entrée de Bouaké dans l’histoire de la lutte contre les maladies à vecteurs est plus récente que celle de Bobo-Dioulasso, car l’historique de l’Institut Pierre Richet (IPR) se confond directement avec celui de la section Entomologie « Onchocercose » créée en 1955 au sein du Service Général d’Hygiène Mobile et de Prophylaxie à Bobo-Dioulasso, à la demande du Médecin-Général Richet (photo ci-contre). En effet, c’est en 1973 que la section centrale « Onchocercose » de Bobo-Dioulasso fut transférée à Bouaké, compte tenu de la mise en place du programme de lutte contre l’onchocercose. Cette section devient en 1974 le Centre Entomologique de l’Onchocercose (CEO) puis en 1976 l’Institut de Recherche sur l’Onchocercose (IRO). En 1980, l’équipe « Glossines » du Centre Muraz est transférée à l’IRO de Bouaké compte tenu de la reviviscence des foyers de THA en secteur pré-forestier de Côte d’Ivoire. En 1981, l’institut prend le nom d’Institut de Recherche sur la Trypanosomiase et l’Onchocercose (IRTO) et était l’antenne de l’Organisation de Coopération et de Coordination pour la lutte contre les Grandes Endémies (OCCGE) en Côte d’Ivoire. C’est en 1985, soit deux ans après le décès du médecin-général Pierre Richet, que l’IRTO deviendra Institut Pierre Richet. Depuis 2001, l’IPR est rattaché au Ministère de la santé et de l’hygiène publique de la République de Côte d’Ivoire. 

Parallèlement,  dans les années 1980 les experts de l’Organisation Mondiale de la Santé constatent le manque flagrant d’entomologistes dans les pays où sévissent les maladies dues à des vecteurs. Il fut alors décidé de la création d’un réseau de 5 centres dans le monde en vue de former des spécialistes pour lutter contre ces maladies, dont un à Bouaké en Côte d’Ivoire. La Côte d’Ivoire fut choisi pour la qualité de ses infrastructures et le centre fut installé à Bouaké du fait de son faciès écologique favorable à l’émergence des endémies à transmission vectorielle. Ainsi le Centre d’Entomologie Médicale et Vétérinaire (CEMV) de Bouaké vit le jour en 1981. L’acte de naissance du Centre fut signé par 7 Ministres. Dès lors, le CEMV devint le seul centre francophone dans un réseau de cinq (5) centres répartis dans le monde. A ce titre, le CEMV se veut un instrument indispensable pour les pays africains d’expression française. De nos jours, le CEMV est rattaché à l’Université Alassane Ouattara de Bouaké.

Cette histoire commune entre institutions burkinabés et ivoiriennes, ainsi que les liens économiques, migratoires, familiaux, géographiques et sanitaires qui existent entre le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire, justifient l’existence du LAMIVECT dans l’espace ivoiro-burkinabè.